La professionnalisation des communications étudiée sous toutes ses coutures ou presque…

Le Réseau international sur la professionnalisation des communicateurs ¹(RESIPROC) a lancé un appel à communication en janvier dernier dans l’optique d’organiser un colloque international intitulé Entre ruptures et continuités, prescription et émancipation : les dynamiques de la professionnalisation de la communication. Ce colloque a eu lieu les 28 et 29 mai derniers au campus Longueuil de l’Université de Sherbrooke. Il rassemblait plusieurs chercheurs et professionnels de la communication.

Je me permets de résumer et de reprendre un extrait de l’introduction, fort pertinent, de cet appel.

« Nous sommes nombreux à dire que la communication s’est professionnalisée. Par ailleurs, nous constatons que tout le monde fait de la communication. Dans ce contexte, comment distinguer un professionnel d’un amateur ? Comment les communicateurs peuvent-ils développer une identité pour leur profession si des amateurs en font partie, sans en avoir les mêmes préoccupations professionnelles ou éthiques ? Comment un praticien peut-il exister professionnellement dans un monde qui communique de plus en plus avec une identité floue ou fragile. Voilà plusieurs paradoxes qui font ressortir la variabilité de la profession. »

J’ai travaillé pendant près de 20 ans auprès de firmes en services professionnels (génie-conseil et technologie de l’information). Depuis quelques années, j’œuvre au sein du milieu des ordres professionnels. Ces questions, posées par le RESIPROC, non seulement m’interpellent  particulièrement mais elles reviennent régulièrement dans les échanges au sujet de la profession de communicateur ou de relations publiques.

La raison d’être d’un ordre professionnel

Il m’est arrivé d’entendre certains commentaires à l’effet que nous devrions avoir un ordre professionnel afin que nous soyons mieux reconnus, voire reconnus à notre juste valeur et que nos intérêts soient défendus. Au cours des années, ceci a aussi été mentionné lors de certains débats sur la perception négative accolée aux relations publiques.

Il est opportun de rappeler la raison d’être d’un ordre professionnel dont l’objectif n’est pas de défendre les intérêts de ses membres mais de protéger le public et notamment d’encadrer l’accès et l’exercice d’une profession. Au Québec, être membre d’un ordre constitue un privilège qui confère, entre autres, une confirmation des compétences et du comportement éthique, ainsi que l’obligation de respecter un code de déontologie sous peine de sanction.

C’est le ministre de la Justice qui est responsable de l’application des lois professionnelles de qui relève l’Office des professions du Québec (OPQ). À son tour, l’OPQ chapeaute les ordres professionnels. Ces derniers sont autogérés et ont la responsabilité de protéger le public contre l’incompétence et le manque de probité de leurs membres, conformément au Code des professions. Dans les autres provinces, le système professionnel est organisé autrement. Plusieurs éléments doivent être démontrés à l’OPQ lors de la démarche de création d’un ordre professionnel :

  • La gravité du préjudice ou des dommages résultant des activités du professionnel.
  • Les connaissances requises pour exercer.
  • Le degré d’autonomie et la difficulté pour le public de porter jugement sur les actes.
  • Le caractère personnel des rapports avec le client ou le patient.
  • Le caractère confidentiel des renseignements que l’on doit connaître.

À cet effet, l’OPQ a publié un document d’information très bien détaillé concernant la mise en place d’un ordre professionnel.

L’opportunité de créer un ordre professionnel

À la lumière de l’information disponible, je vous invite à analyser le travail que vous réalisez auprès de vos employeurs, que vous soyez en entreprise, en agence ou dans le domaine public.

Tout au long de ma carrière, j’ai côtoyé, et je côtoie encore, des professionnels de plusieurs domaines – légal, ressources humaines, finances, traduction, etc. – qui sont membres d’un ordre et avec qui je travaille régulièrement. J’ai – et vous aussi – beaucoup de points en commun avec ces collègues :

  • Diplômes universitaires
  • Spécificité des expertises
  • Information détenue souvent confidentielle
  • Autonomie dans le travail
  • Impact des conseils et décisions sur des dossiers communs où les enjeux s’entrecroisent

Au cours des dernières décennies, notre profession a connu une telle évolution qu’un exercice d’évaluation de notre profession serait sûrement pertinent afin d’en dresser le juste portrait.

Quelques questions fondamentales

Il va sans dire qu’il faudrait se poser plusieurs questions fondamentales lors d’une étude visant à créer un ordre professionnel. Quels types de préjudices est susceptible de commettre un professionnel de la communication ? Quel est l’impact sur le public et comment sanctionner ce professionnel ? Est-ce que la profession connaît bien les responsabilités et privilèges d’être membre d’un ordre ? Est-ce que la profession a la volonté de constituer un ordre professionnel ? A-t-elle les moyens financiers d’entamer une telle démarche qui requiert en outre un travail colossal d’analyse et de réflexion ?

Il est clair que nous nous sommes posé ces questions un jour ou l’autre. D’ailleurs, en février dernier, lors d’une séance d’information sur la certification professionnelle en communication s’adressant à la relève, Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing à l’UQAM et président de la Société québécoise des professionnels en communication du Québec, rendait compte de discussions d’information qui ont eu lieu avec l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés.

Tout ceci démontre certains signes que « quelque chose » se passe au sein de notre profession.

La SCRP

Il est important de noter que la Société canadienne des relations publiques (SCRP) décerne l’Agrément en relations publiques(ARP) qui reconnaît les compétences des praticiens en relations publiques. Ceux-ci sont soumis à un Code d’éthique. Toutefois, cet agrément est volontaire. Au Canada, il y a environ 500 professionnels qui détiennent l’ARP. Sans détenir de statistiques, je suis convaincue que nous sommes quelques milliers à pratiquer la communication ou les relations publiques.

L’avenir

Alors qu’au cours des derniers jours le RESIPROC se penchait sur la professionnalisation de la communication, je pense qu’il est sain de réfléchir sur la portée de notre profession et sur la pertinence d’un ordre professionnel.

Qu’en pensez-vous ?

¹ RESIPROC a été créé en 2011 par des chercheurs belges (Louvain), canadiens (Sherbrooke) et français (Grenoble 2, Lille 3 et Paris 13)

Publicités